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Martial ROLLAND (ICN 86) : Nommé PDG de Nestlé France, va devoir se réaccoutumer au pays !

Rappelé en Europe en octobre dernier, il n'a toujours pas défait ses conteneurs, stockés par les soins de Nestlé quelque part en Suisse. Installé depuis à Vevey avec femme et enfants dans un appartement cossu à quelques centaines de mètres du siège, Martial Rolland se savait en transit. Jusqu'à ce que lui soit officiellement annoncée, aux premiers jours de l'an, sa destination finale : la rapide succession d'Eugenio Minvielle Lagos à Paris, affectation exotique pour cet expatrié de 47 ans parti de France il y a plus de 20 ans sans plan de retour.

C'est au soir de l'adolescence qu'il entreprend de courir le monde. Lui qui avait jusque-là peu quitté l'Alsace, se débrouille pour faire son armée au Koweït. A l'ICN Business School de Nancy, il enchaîne les stages hors des frontières, puis frappe à la porte du siège de Nestlé, dans le canton de Vaud, belle machine à profits grâce aux stars Nesquik, Herta et Nescafé. Le fils de banquier ne cherche pas à fuir, encore moins imiter un illustre aventurier de son entourage ; ambitieux et clairvoyant, il a flairé très tôt qu'une longue expatriation pourrait lui valoir un jour une belle couronne de laurier, de celles qui jadis ornaient le front des vainqueurs. Féru d'Antiquité, après avoir beaucoup lu sur l'ancienne Byzance, le Mulhousien se projetait volontiers dans de lointaines contrées d'histoire.

Nestlé, sans le savoir, le comblera en 2000 en le mutant à Istanbul. Chef du pôle laitier et responsable de la région Asie Centrale, il reste quatre ans en Turquie, le temps de faire ses preuves de manager. Il planche notamment, non sans tracas, sur l'ouverture d'une usine en Ouzbékistan : « Le pays le plus compliqué qui soit, dont la législation peut changer tous les jours et sans prévenir ! »

Flegme indien
A vrai dire, les imbroglios juridiques le cueillent dès l'Inde, où il commence en 1989 en tant que Responsable ventes et marketing. Certaines villes facturent encore l'octroi, chaque Etat appliquant en sus ses propres règles d'imposition. Pour tenir le choc, Martial Rolland adopte le flegme des Indiens, apprend à composer avec le système des castes, leur goût excessif pour les palabres, et même leurs transports, archaïques et dangereux, qu'il apprivoise vite : « Sur la route, le plus fort gagne. La seule priorité est de rester en vie. » Au total, le Français vivra 8 ans dans cette vaste démocratie, réussissant à y populariser à grand renfort de pub les nouilles Maggi. Parti de Delhi en 1992 pour Bangkok puis Islamabad, il est promu en 2004 Directeur de Nestlé Inde. Il revient alors à Lahore avec sa femme, une Philippine rencontrée aux Etats-Unis, et leurs deux enfants nés entre-temps au Pakistan.

Aujourd'hui âges de 9 et 11 ans, parlant plus volontiers l'anglais de leur mère que le français, son fils et sa fille ne connaissent de la France que quelques images de cartes postales glanées pendant leurs rares vacances. Pour leur père, qui n'aura pas de période d'acclimatation mais sans doute une phase de réaccoutumance, car il n'a jamais exercé dans son propre pays, l'un des objectifs de ce retour est d'apporter à ses enfants une part d'identité française. Sans négliger leur culture initiale qui sera entretenue par leurs parrains, des Indiens devenus intimes de la famille. Preuve que le multiculturalisme que le Français était parti quérir si loin n'était pas un vain mot.

Source : Les Echos du Mercredi 3 Mars 2010

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